L’ancienne école maternelle, dite “Salle d’asile”

En quelques jours, les pelleteuses et autres gros engins ont profondément modifié le quartier, autrefois dénommé “de la Croix-Rouge”, se situant Rue de la Gare, entre la rue de la Motte et la rue de Saint-Pierre. L’ancienne école maternelle n’est plus. Les classes et le préau ont fait place à un terrain plat et nu, prêt à accueillir le nouveau restaurant scolaire. Il nous a semblé bon de remonter aux origines de cet établissement disparu.

Une plaque, toujours présente sur le bâtiment conservé, indique : “Salle d’asile léguée à la Ville de Beaumont par le Docteur Thomas Mouette et autorisée par décret présidentiel du 25 décembre 1881”. Ce bâtiment existe déjà sur le plan cadastral de 1832, dans une configuration légèrement différente, avec un grand jardin. C’était donc, déjà dans la 1ère moitié du XIX ème siècle, une résidence particulière où vécut et mourut le Docteur Mouette. Le Docteur Thomas Mouette était né à Beaumont le 10 août 1794, dans une petite maison de la Grande Rue (rue Albert Maignan) de parents marchands de Toile – sous le 1er Empire il fut aide-Major dans l’armée – Médecin en 1818, il exerce dans sa ville natale, devient Conseiller Municipal de 1831 à 1853 puis de 1858 à sa mort, est élu Maire en 1843, non renouvelé par le Préfet Pron en 1853, mais un décret impérial du 28 août 1858 lui redonne sa charge de Maire jusqu’au 23 juillet 1865 où Monsieur Passe lui succède.

Le Docteur Mouette disparut le 24 janvier 1879 et par son testament authentique rédigé en mars 1873 il donna à la Ville de Beaumont la maison qu’il occupait au Faubourg de la Croix (rue de la gare) pour y fonder une “salle d’asile” destinée à recevoir “les jeunes enfants des classes ouvrières pauvres et nécessiteuses de la Commune”. Il précisait qu’elle serait dirigée par des sœurs de la Congrégation d’Evron. Le Conseil Municipal décida le 10 avril 1879 l’acceptation provisoire du legs.

Mais la réalisation de cette décision ne fut pas de tout repos car les héritiers naturels du Docteur Mouette firent opposition à son testament et à ses codicilles et dans sa séance du 10 février 1880 le Conseil Municipal fit réponse au mémoire des dits héritiers : “Il estime qu’il y a lieu d’accepter en son entier le legs fait par Monsieur Mouette pour la fondation d’une salle d’asile qui est de la plus indispensable nécessité, il estime en outre que les objections faites à ce legs par les héritiers sont inexactes et ne peuvent supporter l’examen”.

Il fallut attendre le 25 mai 1882 pour pouvoir envisager de faire dresser par un architecte un devis pour l’appropriation de la maison de Monsieur Mouette en salle d’asile et le Conseil en sa séance du 6 juillet chargea Monsieur le Maire de faire dresser au plus tôt plans et devis. Réalisés par Monsieur Bourguignon, architecte, et étudiés par la Commission des Bâtiments Communaux, ils furent acceptés par le Conseil le 11 janvier 1883. Ce même jour furent sollicités un “secours” soit du Département, soit de l’Etat, et une autorisation d’emprunt pour faire face à ces dépenses.

Les soucis n’étaient pas terminés car l’Administration supérieure refusait de donner suite au projet de salle d’Asile bien que le legs Mouette ait été autorisé par décret présidentiel, ce qui suppose d’en remplir les conditions et compte tenu que ce legs représentait de 70 à 80 000 Francs (de 1883). Après de nombreuses démarches l’inspecteur d’Académie et 2 Inspecteurs primaires se déplacèrent le 15 décembre pour visiter le local légué et se montrèrent favorables à l’installation de la Salle d’Asile dans la maison Mouette avec quelques améliorations, mais sans agrandissement ni emprunt, seulement avec les ressources propres. Ce serait un établissement libre subventionné par la commune, répondant ainsi aux intentions du Testateur.

Nouveaux plans et nouveaux devis, acceptés par le Conseil le 23 janvier 1884, considérant que les augmentations projetées apporteront à l’Etablissement toutes les conditions désirables d’une bonne installation. Ce même jour le Conseil Municipal approuve le traité passé avec la Supérieure de la Congrégation des Sœurs de la Charité d’Evron pour la mise à disposition de 2 sœurs. Le 3 février les élus décident l’aménagement de la cour, l’achat du mobilier et, sur proposition de Monsieur Fleury, la pose de la plaque rappelant le legs de Monsieur Mouette. Tout va alors très vite, et la classe est ouverte le lundi 18 févier 1884.

Mais le Procès-Verbal de réception des travaux, y compris la cour, le jardin et le mobilier, ne fut approuvé que le 15 février 1885.

La salle d’asile resta en l’état jusqu’en 1899, époque où fut décidée la construction d’un dortoir-réfectoire et d’un bûcher. Puis ce fut le départ des sœurs le 19janvier 1903, remplacées par des maîtresses laïques, la salle prenant la dénomination d’Ecole Maternelle et alors gérée par une commission. Enfin le préau fut modifié en 1930. Ce fut le dernier gros investissement jusqu’à l’abandon de cet Etablissement, c’est-à-dire après 100 ans de bons et loyaux services, lors de la construction de la nouvelle école maternelle à 2 classes, à laquelle fut adjointe une 3ème classe construite en 1999.

Jean-Marie FOUSSARD,
Maire Honoraire